L'art d'écrire et de communiquer

Frédérique Izaute

Pourquoi ne traduire que pour le Canada?

Les agences internationales nous demandent souvent de traduire en français sans se soucier du pays où nous vivons. Étant installées à Montréal, nous vérifions toujours que la traduction est destinée au Canada… et beaucoup s’étonnent : « Y a-t-il une réelle différence à l’écrit? ». En effet, tout le monde sait bien que, à l’oral, le français du Québec est une « variété de la langue française » mais, lorsqu’il s’agit de l’écrit, on tend à croire que tous les francophones s’expriment dans un français « international », normalisé. Or, ce n’est pas si simple, et c’est pour cela que nous proposons des services de « localisation » qui adaptent le texte au pays dans lequel il sera publié.

Certaines entreprises internationales l’ont bien compris et font traduire leur site Web en français et en québécois par deux traducteurs différents. Elles exigent même parfois du traducteur qu’il soit originaire du pays pour lequel il traduit. D’autres entreprises nous demandent d’adapter  pour le Québec (de localiser) des sites déjà traduits par un traducteur français. Finalement, certaines, dont Coca-Cola, choisissent d’avoir deux modèles de site différents : un modèle européen et un modèle américain, ce qui s’avère souvent une excellente décision puisque les produits ne sont pas toujours lancés au même moment ni de la même façon sur les deux continents.

Ce billet ne traitera pas des différences stylistiques, pourtant réelles, témoignant de la sensibilité linguistique distincte des francophones des deux continents, ce qui pourra faire l’objet de quelques autres billets, en particulier dans le domaine de la publicité. Il s’agira plutôt de différences plus techniques et plus faciles à identifier touchant à la typographie et au vocabulaire.

Voici donc quelques particularités du français tel qu’il est écrit au Québec.

Typographie

En France, certains signes de ponctuation sont précédés d’une espace : le point-virgule, le point d’interrogation et le point d’exclamation. Or cette espace disparaît au Québec.

Au Québec, les majuscules sont accentuées, on écrit donc l’Égypte. En France, on écrit l’Egypte. C’est vrai pour les noms propres, mais également pour les titres, par exemple, ÉCOLE D’ÉBÉNISTERIE ou ECOLE D’EBENISTERIE.

Féminisation des titres

ingenieureAu Québec, et non en France, les noms de titres et de profession sont féminisés :

  • une professeure
  • une gouverneure
  • une réviseure
  • une docteure
  • une écrivaine
  • une première ministre
  • madame la haute commissaire…

Organisation du système scolaire 

Dans ce domaine, ce n’est pas seulement la désignation des classes ou des diplômes qui est différente, mais toute l’organisation du système scolaire. Le primaire compte une année de plus au Québec qu’en France. Le secondaire y dure cinq ans et est suivi de deux ou trois années au collège (cégep), qui sont sanctionnées par un DEC alors que, en France, le secondaire mène à l’obtention d’un baccalauréat.

  • Baccalauréat – DEC (diplôme d’études collégiales)
  • Lycée – Polyvalente ou École secondaire
  • Licence – Baccalauréat
  • Cours préparatoire – Première année / CE1 – Deuxième année…

Lexique

Pour le vocabulaire courant, à l’oral, les exemples de divergences sont légion. Ils relèvent parfois du folklore, et on peut les trouver sur Wikipédia ou encore sur de nombreux blogues. Cependant, peu de ces termes préoccupent réellement le traducteur…

  • Épicerie – Dépanneur
  • Portable – Cellulaire
  • Gant de toilette – Débarbouillette
  • Faire les magasins – Magasiner
  • Jardin – Cour
  • Airelle – Canneberge

À l’écrit, les Québécois ont davantage tendance à traduire les termes anglais que les Français. En voici quelques exemples du domaine courant :

  • Parking – Stationnementstop
  • Week-end – Fin de semaine
  • Charter – Vol nolisé
  • Smartphone – Téléphone intelligent
  • Mailing – Publipostage

Les cas sont particulièrement nombreux dans le domaine de l’informatique. Au Québec, on assiste constamment à la création de nouveaux mots correspondant à la terminologie anglaise.

pourriel

  • Email – Courriel
  • Spam – Pourriel
  • Chat – Clavardage
  • Podcasting – Baladodiffusion
  • Phishing – Hammeçonnage
  • Chipset – Jeu de puces
  • Cookie – Témoin
  • Laptop – Portable
  • Cloud Computing – Infonuagique
  • Thin client – Client léger
  • Zero client – Client ultra léger

Choix de quelques entreprises

Ainsi, certaines entreprises font traduire leur site en français par deux traducteurs différents. Les résultats sont bien différents! Chez Microsoft, c’est l’orientation des choix terminologiques qui saute aux yeux.

Microsoft

Chez Samsung, outre les choix terminologiques, on note des écarts dans l’utilisation des noms de marque et dans le vocabulaire choisi.

samsung-cryptageFinalement, ces quelques exemples témoignent assez bien d’une réalité à ne pas ignorer, mais ils n’ont même pas effleuré les particularités stylistiques… un sujet à explorer dans un prochain billet.

2 commentaires sur “Pourquoi ne traduire que pour le Canada?

  1. Comleon
    12/05/2013

    Très intéressant Frédérique.

    J’ajouterai toutefois une dimension cruciale : la culture. Le français du Canada n’est pas que le français international avec des différences typographiques ou de vocabulaire. C’est aussi le français d’Amérique du Nord. C’est-à-dire un français direct et orienté vers l’action. Par exemple, on y emploie davantage l’impératif que l’infinitif dans les consignes ou on y pourchasse la périphrase.

    • L'@rt d'écrire
      13/05/2013

      Merci de cette précision. Elle est en effet fondamentale. Je suis en train de rassembler de quoi écrire un autre billet sur les particularités stylistiques, qui sont directement liées aux différences culturelles. Si vous avez des références, je prends… Merci d’avance!

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Cette entrée a été publiée le 12/04/2013 par dans Marketing, Québec, Sites Web, Traduction, et est taguée , , , .

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